
Vous avez peut-être toujours été quelqu’un sur qui l’on pouvait compter.
Vous êtes organisée, réactive, capable de gérer beaucoup de choses à la fois. Lorsqu’un problème se présente, vous cherchez une solution. Lorsqu’il faut s’adapter, vous vous adaptez. Et lorsque vous êtes fatiguée, vous avez longtemps su continuer malgré tout.
Cela a probablement été une force. C’est même peut-être en partie grâce à cette capacité à avancer, à anticiper et à vous adapter que vous avez pu traverser certaines périodes particulièrement exigeantes.
Mais il arrive parfois un moment où quelque chose change.
Vous continuez à fonctionner de la même manière, mais cela ne produit plus les mêmes résultats. Ce qui vous permettait autrefois de tenir vous demande désormais beaucoup plus d’énergie. Et lorsque la fatigue s’installe, votre premier réflexe peut être de vous appuyer encore davantage sur ce que vous connaissez : mieux vous organiser, anticiper davantage, prendre sur vous ou repousser un peu plus vos limites.
Comme si la solution consistait à trouver une nouvelle manière de réussir à fonctionner comme avant.
Et si, à ce stade, la question était plutôt de savoir si votre façon de fonctionner est encore adaptée à ce que vous vivez aujourd’hui ?
Ce qui a longtemps été une force peut ne plus être adapté
Nous développons tous des façons de faire qui nous permettent de nous adapter aux exigences de notre quotidien.
Certaines personnes anticipent beaucoup pour éviter les imprévus. D’autres prennent facilement les choses en charge parce qu’elles savent qu’elles seront faites correctement. D’autres encore ont appris à remettre leurs propres besoins à plus tard lorsqu’il faut gérer une période chargée.
Ces stratégies ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Elles peuvent être particulièrement utiles dans certaines situations et nous permettre de traverser des périodes qui demandent davantage de ressources.
La difficulté apparaît lorsque nous continuons à les utiliser de la même façon alors que les conditions ont changé.
Car vos ressources ne sont pas nécessairement les mêmes à 30 ans, à 40 ans ou à 50 ans. Votre quotidien peut avoir évolué, vos responsabilités aussi, et votre capacité à absorber durablement certaines contraintes peut ne plus être identique.
Ce qui était supportable auparavant peut alors devenir plus coûteux, sans que vous ayez nécessairement modifié vos exigences envers vous-même.
C’est là que peut apparaître un décalage : vous continuez à fonctionner selon vos anciennes capacités alors que vos ressources, elles, ont changé.
Quand la fatigue pousse à chercher encore plus d’efficacité

On pourrait penser que lorsque l’énergie diminue, nous allons naturellement ralentir. Ce n’est pourtant pas toujours ce qui se passe.
Certaines personnes réagissent à la fatigue en essayant au contraire de mieux contrôler leur quotidien. Elles cherchent à être plus efficaces, à mieux s’organiser, à optimiser leur temps ou à trouver une nouvelle solution qui leur permettra de retrouver leur niveau de fonctionnement habituel.
Cette réaction est compréhensible. Lorsqu’une situation devient plus difficile, nous cherchons spontanément ce que nous pourrions modifier pour retrouver notre équilibre.
Mais elle peut conduire à une forme de paradoxe : au lieu de revoir ce que nous demandons à nos ressources, nous cherchons à augmenter notre capacité à répondre aux mêmes exigences.
Les recherches sur le stress et l’adaptation montrent que les mécanismes qui nous permettent de répondre aux contraintes sont utiles, mais que leur sollicitation répétée ou prolongée peut avoir un coût pour l’organisme. C’est notamment ce que décrit le concept de charge allostatique.¹ ²
Cela ne permet évidemment pas d’expliquer à lui seul une fatigue individuelle. Mais cela rappelle une chose importante : une stratégie qui permet de s’adapter efficacement à une situation donnée n’est pas forcément soutenable indéfiniment.
Peut-être que le problème n’est plus votre capacité à tenir
Lorsque l’on a longtemps été capable de beaucoup faire, il peut être difficile d’envisager que la solution ne consiste pas simplement à retrouver son ancien niveau de fonctionnement.
On peut passer beaucoup de temps à chercher comment travailler comme avant, continuer à tout gérer ou retrouver l’énergie qui permettait autrefois d’enchaîner les journées sans trop y penser.
Mais derrière ces questions se trouve parfois une idée implicite : il faudrait redevenir la personne que l’on était avant la fatigue.
Et si ce n’était pas nécessairement l’objectif ?
Peut-être que la question à se poser est plutôt :
Qu’est-ce que je continue à demander à mon énergie aujourd’hui, alors que mes besoins ou mes ressources ont changé ?
Cette question permet de déplacer légèrement le regard. Il ne s’agit plus uniquement de chercher comment avoir davantage d’énergie, mais aussi d’observer ce que cette énergie doit actuellement permettre de soutenir.
Revoir son fonctionnement ne signifie pas tout changer
Changer sa façon de fonctionner ne veut pas dire bouleverser toute sa vie, renoncer à ses responsabilités ou devenir quelqu’un d’autre.
Cela peut commencer par observer certaines habitudes devenues tellement automatiques qu’elles ne sont plus vraiment questionnées.
Par exemple, avez-vous tendance à répondre immédiatement à toutes les demandes ? À anticiper systématiquement ce qui pourrait arriver ? À avoir du mal à laisser une tâche inachevée, même lorsqu’elle pourrait attendre ? Ou, dès que votre énergie diminue, votre premier réflexe est-il de chercher comment vous organiser pour continuer exactement comme avant ?
Ces observations ne donnent pas nécessairement une solution immédiate. Elles permettent surtout de voir où votre manière de fonctionner vous demande peut-être davantage d’énergie qu’auparavant.
Et c’est là que peut commencer un ajustement.
Parfois, il ne s’agit pas de supprimer une grande partie de son quotidien, mais d’accepter de faire certaines choses autrement : laisser davantage de temps entre deux obligations, ne pas répondre immédiatement, renoncer à tout anticiper ou accepter qu’une tâche soit faite suffisamment bien plutôt que parfaitement.
La récupération ne dépend pas seulement du temps que l’on parvient à lui consacrer. Les recherches sur la récupération après des périodes de sollicitation montrent notamment l’intérêt d’expériences comme le détachement psychologique et la relaxation.³ Mais ces moments peuvent être difficiles à préserver lorsque l’on continue à fonctionner en permanence selon les mêmes exigences.
Et si votre fatigue vous demandait autre chose que de tenir encore ?

Il peut être déstabilisant de constater que ce qui fonctionnait auparavant ne fonctionne plus de la même manière.
Parce que cela oblige parfois à abandonner une idée rassurante : celle selon laquelle, avec suffisamment d’organisation, de volonté ou d’efforts, nous finirons toujours par retrouver notre équilibre.
Pourtant, revoir sa façon de fonctionner n’est pas reconnaître un échec.
C’est simplement reconnaître que les conditions ont changé.
Votre quotidien a changé. Vos besoins ont changé. Vos ressources ont changé. Il est donc possible que votre manière de vous y adapter ait, elle aussi, besoin d’évoluer.
Alors, plutôt que de vous demander uniquement :
Comment retrouver l’énergie qui me permettait de tout faire ?
vous pourriez commencer par vous demander :
Qu’est-ce que je continue à faire comme avant, alors que je n’ai peut-être plus besoin — ou plus les ressources — pour le faire de la même manière ?
C’est peut-être là que commence une autre manière de récupérer.
Pour aller plus loin
Et vous, comment fonctionnez-vous lorsque la fatigue s’installe ?
Nous ne réagissons pas toutes de la même façon. Certaines continuent à tenir coûte que coûte, d’autres ont du mal à décrocher, tandis que d’autres encore cherchent sans cesse la bonne solution pour aller mieux.
J’ai créé un test gratuit en 10 questions pour vous aider à identifier ce qui, aujourd’hui, peut continuer à vous demander de l’énergie sans que vous vous en rendiez compte.
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Références
1. McEwen B.S. Stress, adaptation, and disease. Allostasis and allostatic load. Annals of the New York Academy of Sciences, 1998.
2. McEwen B.S., Gianaros P.J. Central role of the brain in stress and adaptation: links to socioeconomic status, health, and disease. Annals of the New York Academy of Sciences, 2010.
3. Sonnentag S., Venz L., Casper A. Advances in recovery research: What have we learned? What should be done next? Journal of Occupational Health Psychology, 2017.

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